Peux-tu résumer ta mission en quelques mots ?

Catherine : Mes missions depuis 5 ans dans le territoire du Grand Charolais sont axées sur le développement économique, donc la reprise et la cession d’établissements (artisanaux, commerciaux ou autres), et l‘accompagnement à la création d’entreprises. L’objectif, c’est d’être attrayant pour des personnes qui viennent d’autres régions et qui veulent s’établir en Bourgogne-Franche-Comté, notamment sur notre territoire, pour lancer leur activité.

« Concernant les hébergements touristiques et la restauration, c’est l’ADN de notre région : on combine le tourisme et la gastronomie. Si la Bourgogne-Franche-Comté n’est pas gastronomique, je ne sais pas ce qu’elle est ! »

En Saône-et-Loire, on a 11 étoilés. Il y a une densité de haute qualité qui est vraiment remarquable.

Mon métier, c’est aussi de soutenir le commerce en milieu rural. Dans les bourgs ruraux, il ne reste parfois qu’une boulangerie… Il n’y a rien de pire qu’un commerce qui disparaît dans un village : on sait très bien que c’est la mort à terme du bourg en question. 

Sur le territoire du Grand Charolais, on a 44 communes, trois centralités de 7 000 à 10 000 habitants, et tout le reste, ce sont de petites communes. Elles ont souvent un restaurant communal où la mairie a investi pour rénover le labo de cuisine, les salles, etc.*

Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les porteurs de projet ?

Catherine :

  1. L’adéquation emploi/projet : Il faut que le projet tienne la route économiquement, tout le monde ne peut pas être en télétravail à 100 %.
  2. Le logement locatif en maison : C’est un vrai sujet. Quand des personnes viennent d’une métropole (Lille, Lyon, Marseille…), elles cherchent souvent une maison à louer avec un bout de jardin pendant un ou deux ans pour tester la vie locale avant d’acheter. Mais, un appartement locatif est facile à trouver chez nous, alors qu’une maison individuelle en location est très rare. C’est un vrai frein sur lequel on travaille d’arrache-pied avec les acteurs de l’immobilier et les promoteurs.

3 conseils de Catherine si vous souhaitez reprendre un hébergement touristique ou un restaurant à la campagne : 

  1. Bien comprendre la vie en ruralité : Il faut être lucide sur le projet, l’engagement que ça représente et le rythme de vie d’un village. Il faut aimer ce quotidien et avoir envie de conquérir les gens du coin avec simplicité et gentillesse.          
  2. Analyser le projet et ses usages : Bien étudier la clientèle locale, les habitudes de consommation, voir quelles sont les modalités du lieu.           
  3. Avoir un petit matelas financier : Même si l’offre économique est très attrayante (comme un restaurant communal sans fonds de commerce à racheter), il faut toujours arriver avec un petit « bas de laine ». On ne part pas de zéro sans sécurité. 

Quelle est ta mission quand quelqu’un souhaite reprendre un commerce ou quand tu fais un appel à candidatures ?

Catherine : J’accompagne les élus ruraux pour trouver des candidats quand des restaurants communaux ferment. Je rédige une annonce, un peu comme une annonce immobilière, avec des photos et une présentation de l’affaire.

Je publie ces annonces sur des plateformes comme SOS Villages. Pour un restaurant récent, j’ai eu entre 15 et 20 candidats ! J’examine les dossiers, je les ai en visio ou au téléphone, et je décante un peu en posant les questions pénibles. On étudie le passé, les compétences, le plan financier, la fiabilité, et surtout une chose : est-ce qu’ils comprennent bien ce que c’est que d’arriver en ruralité ?

Moi, je suis parisienne d’origine, donc j’en parle très librement. Quand j’ai des Parisiens qui viennent pour ouvrir une brigade sur un bourg de 200 habitants, je leur dis : « Attendez, on va d’abord apprécier les vaches, le bocage charolais et la campagne ! » Je suis obligée de remettre un petit principe de réalité pour éviter qu’ils ne se prennent un mur plus tard.

Ensuite, je réduis la liste à 5 ou 6 candidats qu’on présente aux élus, on fait des visites, et au final, on retient une personne ou un couple.

« Une fois choisis, il faut qu’ils créent leur structure juridique. Là aussi, je les accompagne pour solliciter les aides locales et régionales. »

Peux-tu nous raconter un projet qui t’a particulièrement marquée ?

Catherine : Je pense tout de suite à Jeffrey et Angélique. Ça fait deux ans qu’ils sont installés sur le Grand Charolais et ils sont adorables. Lui est un grand chef cuisinier, il est passé par un étoilé en Savoie, et ils ont toujours travaillé en milieu rural. Il vient de Moselle, elle de Nice. Il y a 2 ans, ils ont repris le restaurant de Saint-Vincent-Bragny.

Ils sont arrivés dans un très joli bourg vallonné de 864 habitants avec une école, pas très loin de Paray-le-Monial. C’est la seule activité commerciale du village ! Ils privilégient à 100 % les circuits courts. Chez nous, entre les AOP et la proximité des vignes du Mâconnais et du Chalonnais, on mange bien et on boit bien. On n’a pas de bouffe industrielle ici, c’est la production locale qui est primée. C’est une vraie démarche écoresponsable qui plaît autant aux habitants du coin qu’aux touristes.

Ce qui est intéressant dans leur parcours, c’est la manière dont ils ont sécurisé leur installation. Pendant un an, ils ont bénéficié d’une rupture conventionnelle avec leur ancien patron. Ils ont touché leur chômage pendant un an sans se verser de salaire, ce qui a évité d’alourdir les charges du restaurant au démarrage. Ils ont même réinvesti leurs indemnités dans du mobilier et du matériel pour la cuisine.

« Aujourd’hui, ça fait un peu plus d’un an qu’ils en vivent pleinement, l’affaire tourne et ils ont fidélisé leur clientèle. C’est un système que beaucoup de repreneurs que j’accompagne utilisent, c’est très judicieux. »

Restaurant le Saint-Martin à Saint-Vincent Bragny repris il y a 2 ans par Jeffrey et Angélique

BON À SAVOIR

Quand ce sont des affaires privées (un caviste, un fleuriste…), ils cèdent leur fonds de commerce (par exemple pour 150 000 €) avec la location du bail. Mais quand ce sont des restaurants communaux, il n’y a pas de fonds de commerce à racheter. C’est encore plus intéressant : les candidats n’ont que le loyer à payer, éventuellement amener du matériel complémentaire ou rafraîchir la salle. En plus, il y a très souvent le logement juste au-dessus, ce qui évite de devoir chercher un toit en arrivant.         

Ton métier doit aussi amener des profils ou des anecdotes assez étonnantes…

Catherine : Oh oui ! Il faut savoir que Paray-le-Monial est la deuxième ville de pèlerinage en France. On a une basilique, énormément de pèlerins, des sessions qui doublent la population l’été, le Jésus Festival… Bref, la totale !

Beaucoup de gens me contactent pour ce lieu en particulier, mais le Grand Charolais c’est avant tout des paysages magnifiques et un terroir exceptionnel et une diversité d’opportunités professionnelles y compris pour les créateurs ou repreneurs !

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